lundi 23 mars 2015

Les Dépossédés - Ursula Le Guin

Les Dépossédés
Auteur : Ursula Le Guin
Genre : Science-fiction
Edition : Livre de Poche
Description :
Deux mondes se font face : Anarres, peuplé deux siècles plus tôt par des dissidents soucieux de créer enfin une société utopique vraiment libre, même si le prix à payer est la pauvreté. Et Urras qui a, pour les habitants d'Anarres, conservé la réputation d'un enfer, en proie à la tyrannie, à la corruption et à la violence. Shevek, physicien hors normes, a conscience que l'isolement d'Anarres condamne son monde à la sclérose. Et, fort de son invention, l'ansible, qui permettra une communication instantanée entre tous les peuples de l'Ekumène, il choisit de s'exiler sur Urras en espérant y trouver une solution.
 Ce roman, qui a obtenu les prix Hugo, Nebula et Locus, n'a rien perdu aujourd'hui de sa virulence politique ni de sa charge d'aventures. Avec La Main gauche de la nuit, précédemment paru dans la même collection, c'est un des chefs-d'oeuvre d'Ursula Le Guin.

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J'avance doucement, mais sûrement, dans le challenge Morwenna, en lisant un de ses "incontournables", il me semble, tellement on en entend parler dans le roman de Jo Walton.
Le Cycle de Hain, dont les Dépossédés est le 5e tome, est un cycle qui a l'avantage que chaque tome peut se lire séparément.

C'est un gros coup de cœur. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire au départ. Tout m'y intéressait mais je n'avais pas de mal à décrocher ce qui faisait que j'avançais très lentement. Et puis vers la page 160 (oui il faut insister un peu ^^) il y a eu un gros déclic, l'explication de toute cette lenteur, cette mise en place, et là je n'ai plus décroché.

Le récit alterne un chapitre sur Anarres, la planète d'origine de Shevek, et un chapitre sur Urras, sa planète "jumelle", où il se rend.
Anarres est à l'origine la Lune d'Urras où, après une révolution, des habitants urrastis ont été envoyés afin de fonder une nouvelle société, totalement anarchiste et basée sur l'entre-aide.
On ne sait pas vraiment ce qui a poussé Shevek à partir, vu qu'on suit en parallèle son évolution sur Urras, mais aussi l'acheminement de sa pensé sur Anarres, qui va mener à son départ.

C'est une belle grosse critique de la politique, de la société, de l'anarchisme et des sociétés hiérarchisées, de la propriété et de la non-propriété. Mais surtout une critique de notre société actuelle, par le biais d'Urras. Tout y passe : la mentalité des gens, le système éducatif, les relations sociales, la non-solidarité ; mais aussi sur Anarres le fait qu'anarchie soit synonyme de pauvreté. De plus, une question fondamentale est au coeur du roman : peut-on vraiment être libre, même dans une société qui fait tout pour qu'on le soit ?

Pour moi, Les Dépossédés permet de prendre du recul sur notre société, notre façon de vivre, car Shevek a un point de vue extérieur et innocent. On a la vue d'ensemble, et elle ne m'a pas parue très belle. Les urrastis sont froids, distants et fourbes ; ils ne sont intéressés que par l'argent et la propriété, sans voir le monde qui les entour.

Cette notion de "propriété" est vraiment au cœur de l'histoire et Le Guin nous offre des phrases percutantes pour critiquer cet aspect. J'aime beaucoup noter des citations de mes lectures, mais là je ne sais même plus lesquelles choisir tellement il y en a. Une cependant m'a marqué plus que les autres, parce qu'elle est malheureusement valable pour pratiquement chacun de nous :

"Si les gens possèdent assez de choses, ils sont contents de vivre en prison."
(vous avez 4h pour me rendre un devoir de philo !)

Ce livre m'a ouvert les yeux sur pas mal de choses et, je ne sais pas si ça va me faire changer sur le long terme, mais j'ai pris quelques résolutions dans ma façon de vivre, pour ne pas ressembler aux urrastis décrits par Shevek.

Je suis consciente que ce livre ne peut pas plaire à tout le monde car Le Guin a un avis très tranché sur la société et une opinion politique très marquée. Elle montre les défauts des deux sociétés, mais on sent que sa préférence va, de loin, à l'anarchisme. Cependant, je le conseille quand même vivement, parce que même sans partager son avis, la lecture est censé être là pour ouvrir l'esprit à d'autres choses.
C'est un livre qui va devenir un fondamental de ma bibliothèque, je sais déjà que je le relirais d'ici quelques années, et qu'il me chamboulera tout autant.


Cette lecture participe aux challenges Morwenna's List
et 2015 de Lecture-Imaginaire

4 commentaires:

  1. Un roman très fort en effet, qui n'a pas pris une ride et qui parvient à aborder des sujets sensibles et sujets à désaccord sans jamais tomber dans la simplification ou le manichéisme. Une claque. ^^
    C'était ton premier Ursula Le Guin ?

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    1. Absolument ! J'ai aussi très envie de lire Terremer, mais je ne sais pas quand ça sera... et pour le reste du cycle, un jour, peut-être ! Mais je veux savourer cette lecture pour l'instant sans me pencher sur autre chose de l'auteur :)

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  2. Tu fais de bonnes lectures de classique avec le challenge Morwenna dis donc :)
    C'est chouette que ce soit un livre qui t'amène à réfléchir sur ta propre façon de vivre.

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    1. C'est l'occasion rêvée :) je n'ai découverts que des supers auteurs pour l'instant grâce au challenge, je n'ai eu aucune déception !
      C'est tout à fait le genre de lectures que j'aime, quand ça pousse à se remettre en question et que ça nous apporte quelque chose.

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